Questions à un païen (III)

Added 14/11/2009

Une nouvelle séries de questions à un païen de tradition grecque, Midamore, que je remercie au passage.

 

Helleniste:  "Comment te définirais-tu spirituellement ?

Midamore:  Si je devais me définir, je me définirais en tant qu'orphiste, bien qu'étant en désaccord avec certaines choses dans cette tradition.
Je suis assez proche du chamanisme et c'est pourquoi je me sens en phase avec cette tradition, dont la principale symbolique est la mort et la renaissance de Dionysos.

Quel a été ton parcours en ce domaine ?

Je pense avoir mis environ deux années avant de réellement me trouver, j'avais déjà pas mal de connaissances mythologiques et j'y croyais déjà quand même pas mal à l'époque bien que mes parents soient de religion musulmane, à laquelle je n'adhère absolument pas.
Je n'avais jamais été vraiment religieux jusqu'à aujourd'hui, bien que m'étant tourné vers la Wicca un moment, mais il n'y avait pas la flamme et la symbiose que j'ai avec l'Hellenisme.
Par ailleurs après ma phase wiccan j'ai tourné le dos à pas mal de croyances, et me suis enfermé dans l'absence de croyance, bien qu'au fond de moi j'avais toujours cette partie vivante que j'avais mis en pause. Un break spirituel en fait.

Quelles sont les divinités envers lesquelles tu as le plus de dévotion ?

Je ne sais pas, il m'est difficile de le dire, ça se joue réellement entre Hécate, Apollon et Dionysos. Les cultes à mystères m'ont toujours passionné, c'est pour cela qu'au départ je m'étais un peu penché sur Dionysos, et je l'ai redécouvert, ce qui fait qu'aujourd'hui je le vénère.
L'art joue un très grand rôle dans ma vie, j'ambitionne de devenir artiste, il était donc assez normal que je me sente proche d'Apollon, je ne saurais expliquer cette relation avec des mots, je dirais que je suis en harmonie avec cette divinité. Ajoutons à cela le fait que je me suis toujours intéressé par la divination et les oracles.
Quand à Hécate, je pense que c'était dans ma période Wiccan, où l'ésotérisme jouait un rôle majeur, où je l'ai réellement connu. Son aspect mystérieux m'a toujours fasciné, j'ai entrepris pas mal de recherches à son sujet, aujourd'hui encore je ne pourrais pas prétendre avoir réussi à percer son mystère, il faut dire que les sources
n'affluent pas vraiment.

Quels sont tes "maîtres à penser" (antiques et modernes) ?

Mes maîtres à penser... Bonne question.
Je n'ai pas vraiment de maitres à penser mais je suis fasciné par quelques hommes et femmes de l'antiquité, dont Alexandre, Hypathie, Périclès, ainsi que Cléopâtre (la dernière). Je pense pouvoir ajouter à cela la reine Olympias.

Pourquoi vénérer les dieux Grecs ?

Je pense que c'est une question de feeling et d'attirance. Il y a eu une sorte de déclic qui a fait que je m'y suis penché, et m'y suis dévoué.
Le sentiment que quelque chose d'ancien m'appelait, ma curiosité n'y a pas résisté. Il faut que je précise aussi que le monothéisme à toujours sonné faux en moi, je ne pense pas y avoir cru un jour.

Comment vis-tu ton paganisme au quotidien ? (ta pratique)

Je ressens mon paganisme plus que je ne le pratique réellement. Je crois que c'est au delà des mots, bien que je prie de temps en temps un dieu ou l'autre, voire tous.
Mais j'ai plus l'impression de me "connecter" à une divinité, ce qui crée une forte sensation.
Autrement dans ma vie familiale je n'ai jamais engagé la conversation la dessus, et je ne sais pas si je le ferai un jour.
Ma famille est assez fermée de ce point de vue là, la plupart du temps ce genre de conversation est ignoré. Parfois par pure provocation je remets le sujet sur la table, après une minute le sujet est clos.
Par ailleurs quelques amis connaissent mes croyances mais ça ne va pas au delà. Je suis assez solitaire de caractère, et je parle réellement de moi ou de ma vie, donc personnellement ça ne me dérange pas trop."

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Le reconstructionnisme et son contraire

Added 9/11/2009

 

 

Plusieurs options s'offrent aux païens d'aujourd'hui. Repartir de zéro, sans s'inspirer ou en s'inspirant très peu des cultes antiques, ou au contraire s'en inspirer en grande partie (ce qu'on appelle le reconstructionnisme), ces deux voies ayant évidemment des déclinaisons multiples, de la reconstitution la plus scrupuleuse à la "modernité" la plus totale.

 

Pour ma part, je suis plutot de tendance reconstructionniste, étant devenu païen essentiellement par la fréquentation des textes et oeuvres antiques. Se vouloir païen, c'est obligatoirement relier avec le passé, puisque le paganisme, les religions antiques sont anciennes. Repartir de zéro ou à peu près, à mon sens, ce n'est plus etre païen mais adepte d'une nouvelle religion, peut-etre polythéiste, mais pas païenne, puisque païen signifie "adepte d'un polythéisme antique".

 

D'un autre coté, je ne suis pas pour le reconstructionisme intégral, au geste près. D'une part parce qu'il est très difficile pour ne pas dire parfois impossible à mettre en place, d'autre part parce que le paganisme d'aujourd'hui ne doit pas etre la copie pure et simple d'un polythéisme antique(d'ailleurs duquel ? Le polythéisme grec se déclinait en des milliers de cultes particuliers, selon les régions et les époques). Nous parlons d'autres langues, nous vivons différemment, nous avons d'autres moyens de communication. N"importe quelle philosophie ou religion, n'importe quel courant d'idées évolue avec le temps, le but des païens d'aujourd'hui ne doit pas etre de se figer et d'imiter en tous point l'antiquité. D'un autre coté, rompre avec le passé complètement serait absurde, puisque nous nous voulons adeptes de spiritualités prenant racine dans le passé. Au risque de paraphraser plus d'un auteur antique, je dirais donc qu'en cette matière la bonne voie me semble etre la voie médiane.

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L'aide de Melpomène

Added 9/7/2009

 

 

Melpomène est la muse de la tragédie. Jusqu'il y a peu, je ne la priais pas individuellement, car je n'écris pas souvent de théâtre. Récemment, j'ai eu envie de m'essayer à ce genre dans lequel je n'avais pas jusqu'ici réussi à écrire quoi que ce soit. J'ai donc eu l'idée de lui addresser des prières avant de me mettre à écrire. Chacun en pensera ce qu'il voudra, mais alors que juqu'ici je n'avais pas réussi à écrire plus de deux ou trois pages d'une pièce, j'ai écrit cette fois une pièce quasiment en entier, d'une traite. Un ancien y aurait sans doute vu l'aide de la déesse. Je l'y vois également. J'ai composé une prière de remerciement, et je remercie Melpomène ici aussimelpomene

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Julius Pomponius Laetus

Added 20/6/2009

Cet humaniste italien (1425-1498), dont le nom originel était Julio Pomponio Leto, fut à Rome l'élève de l'éminent Lorenzo Valla, dont il fut le successeur à l'université dans l'enseignement du latin (ses cours avaient dit-on un grand succès). Passionné par l'antiquité, il fut le premier éditeur des traités d'agriculture de Caton l'ancien et de Columelle. Il fut également l'auteur d'un condensé d'hitoire romaine et de commentaires sur les auteurs classiques. Il préconisait une morale stoïcienne plutôt que chrétienne.

Il fonda en 1460 une académie dont les membres avaient adopté et donné à leurs enfants des noms païens, jouaient des pièces de théâtre, adoraient le genius de l'empire et fêtaient l'anniversaire de la fondation de Rome par des cérémonies païennes dans lesquelles Laetus portait le titre de pontifex maximus. Certains voulaient restaurer la république romaine.

Dénoncée aux autorités en 1468 et considérée par le pape Paul II comme un foyer de paganisme et d'hérésie, l'académie fut dissoute et Pomponius Laetus arrêté, tandis que Paul II interdisait l'enseignement de la littérature païenne. L'académie reprit néanmoins son activité par la suite.

L'historien Sabellicus, un de ses élèves, a écrit un récit de sa vie.

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La spiritualité et les statues (1)

Added 19/6/2009

aphrodite

 

Dans la religion grecque, (et dans de nombreuses autres religion polythéistes d'ailleurs) les statues ont eu une importance particulière. Présentes dans tous les temples, aux carrefours, dans les maisons, elles étaient un élément important de la spiritualité antique. C'est pourquoi je veux lui dédier ici un article.

Tout d'abord, il faut dissiper un malentendu-devrait-on dire une calomnie ?- courant(e): les ¨grecs de l'antiquité, pas plus que le païens d'aujourd'hui, ne prennent pas les statues pour des divinités, mais pour ce qu'elles sont: des images, des représentations de divinité. Le mot grec eikôn, comme le mot eidôlov, par lesquels on désigne les statues, signifient aussi image, portrait, représentation. Les anciens étaient parfaitement conscients qu'il ne s'agissait pas de divinités. D'ailleurs, les statues de Zeus ou d'Athéna se comptant par centaines il auraient alors pensé qu'il existait des centaines de Zeus, et non un seul... Quand Oreste, au pied d'une statue d'Athéna, prie la déesse de venir à lui, c'est bien qu'il la croit éloignée, et donc qu'il ne la confond pas avec sa statue. On peut multiplier les exemples de ce genre. Les Grecs n'adoraient donc pas leurs statues: celles-ci n'étaient qu'un support permettant d'entrer en contact avec le divin plus aisément, de mieux ressentir la présence des dieux...

Ecoutons ce qu'en dit le philosophe néoplatonicien Plotin:

Les anciens sages, qui voulaient se rendre les dieux présents en fabriquant des statues , me paraissent avoir bien pénétré la nature de l'univers : ils ont compris que l'essence de l'Âme universelle est facile à attirer partout, qu'elle peut être aisément rendue présente dans toute chose disposée pour recevoir son action et pour participer ainsi quelque peu à sa puissance. Or une chose est toujours disposée à subir l'action de l'Âme quand elle se prête comme un miroir à recevoir toute espèce d'image . La Nature dans l'univers forme avec un art admirable tous les êtres à l'image des raisons qu'elle possède : dans chacune de ses œuvres la raison [séminale] unie à la matière, étant l'image de la raison supérieure à la matière [de l'idée] , se rattache à la Divinité [à l'Intelligence] d'après laquelle elle a été engendrée, et que l'Âme universelle a contemplée pour créer . Il était donc également impossible qu'il y eût ici-bas quelque chose qui ne participât pas de la Divinité, et que celle-ci descendît ici-bas : car elle est l'Intelligence, le Soleil qui brille là-haut.(4ème Ennéade III, 11)

 

Olympiodore a dit sur le même sujet:

 

« Qu'on ne croie pas que les philosophes adorent des idoles, des pierres,comme des divinités; mais, comme nous sommes soumis aux conditions de la sensibilité, et que nous ne pouvons atteindre aisément à la puissance incorporelle et immatérielle, les images ont été inventées pour en éveiller ou en rappeler le souvenir : en regardant ces images naturelles, en leur rendant hommage, nous pensons aux puissances qui échappent à nos sens. »

 

Selon certains, les statues étaient investies d'esprits divins (voir Hermès Trismégiste, cité par Augustin, dans la Cité de Dieu, VIII, 23), mais elles ne se confondaient pas avec les dieux du ciel.

apollon

 

 

 

 

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