Compréhension littérale ou allégorique des mythes ?

Added 13/7/2010

 

 

retour de persephone(une réponse à un commentaire reçu que j'ai décidé de développer un peu)

En fait, actuellement, j'aurais plutot tendance à vouloir dépasser cette opposition. La lecture littérale est avidemment absurde, mais la lecture par allégories s'avère souvent peu fructueuse, soit tirée par les cheveux, soit complètement évidente et peu fertile intellectuellement: voir dans la légende de l'enlèvement de Proserpine/Perséphone l'allégorie du cycle naturel des cultures (Proserpine représentant le grain qui germe, sa sortie des enfers symboliserait la sortie de terre des pousses dans les champs), c'est très joli, mais c'est assez limité...

 

Je ne rejette pas forcément cette idée totalement, mais il y a quand même bien plus intéressant à mon sens dans ce mythe. Je crois qu'il nous apprend (comme tout mythe d'ailleurs) des choses sur la nature des divinités qu'il met en scène. Déméter est peinte comme une déesse dont la terre dépend, puisque sa volonté seule peut faire germer les champs. C'est aussi une divinité qui recherche la justice et la vérité (ici c'est davantage déméter en tant que déesse d'Eleusis, révélatrice des mystères qui est dépeinte). Elle est aussi prête à donner l'immortalité aux hommes, mais il faut pour cela se comporter d'une manière qui lui est agréable. (mythe de l'enfant nommé Démophon, qu'elle met dans le feu pour le rendre immortel)

 

Cette approche, qui est plus ou moins dérivée de celle d'un Walter Otto, toutes proportions gardées, vise davantage les dieux. Le mythe, comme les attributs des dieux, leur animaux favoris, leurs épithètes, etc, aide à comprendre la nature des dieux. Plutot que d'y rechercher une signification obscure, ou au contraire extrèmement tranparente, on se contente de regarder ce qui est écrit et de voir ce que cela nous apprend sur le dieu ou la déesse en question. Cela ne signifie pas qu'on prend le récit au premier degré, et qu'on imagine que Zeus a des escapades amoureuse illicites régulièrement. Mais par exemple, des mythes racontant ces aventures, on retiendra l'ingéniosité, la ruse du dieu...

 

D'Apollon archer, on retiendra son caractère distant. Dans ses capacités de musicien, on verra la nature d'ordonateur du monde et d'harmonisateur de ce dieu. Dans le fait qu'il ne patronne ni n'assiste directement aucun héros, encore une fois, sa distanciation vis-à-vis des hommes, énoncée clairement dans l'Iliade, où il refuse de se quereller avec Poséidon au sujet de hommes, car dit-il, ce n'est qu'une malheureuse engeance qui flétrit rapidement. Ainsi, quelques mots de l'Iliade, l'un de ses attributs et une absence du domaine héroïque peuvent s'interpréter comme un tout parfaitement cohérent. L'approche de Walter Otto me semble donc infiniment plus crédible que les autres tentées jusque ici et depuis lors. Les mythes, miroirs de la personnalité, du caractère des dieux, débarrassés des interprétations simplistes ou abracabrantesques, (le plus souvent matérialistes ou ésotériques, et méconnaissant par là le caractère profondément religieux des récits mythiques) encore aujourd'hui porteurs de sens et de spiritualité, peuvent à nouveau parler à l'homme.

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Une cérémonie en l'honneur d'Athéna (1)

Added 7/6/2010

antigone versant une libation

(Antigone Pouring a Libation Over the Corpse of her Brother Polynices de William Henry Rinehart)

 

 

Après le plan, voici un récit concret de ce à quoi peut ressembler une cérémonie de tradition grecque (encore une fois, ça ne se veut pas un modèle dogmatique à suivre, seulement le récit d'une expérience). Voici donc le récit d'une cérémonie effectuée il y a quelques jours en l'honneur d'Athéna

 

N'ayant pas encore réussi à mettre la main sur une statuette d'Athéna, je me suis contenté d'une image de l'Athéna Varvakeion imprimée sur papier photo, que j'ai posé verticalement sur mon autel (le païen d'aujourd'hui n'ayant pas de temples à sa disposition, il doit se débrouiller comme il peut...)

 

Ensuite, purification d'usage, préparation des objets nécessaires à la cérémonie. Mine de rien, cela demande une certaine concentration. Il ne faut pas une fois le rituel commencé, aller fouiller un tiroir à la recherche d'un ustensile, ce qui troublerait la relation avec la divinité. L'idéal, pendant la cérémonie, est de ne penser qu'aux dieux, à notre rapport à eux, et à rien d'autre. Ce surplus de préoccupations matérielles pendant quelques minutes permets de s'en libérer pendant le rituel.

Quant aux ablutions, en dehors du simple respect envers les dieux qu'elles manifestent, leur but est de symboliser la pureté de l'âme, dont la pureté du corps est le reflet, et de marquer le passage de la sphère du profane à celle du sacré. Le fait de se déchausser et de mettre un pendentif (pour ma part, j'ai toujours dans une poche un pendentif, que je mets autour du cou lors des cérémonies) sont du même ressort. Pour les grandes occasions, on peut également revêtir de nouveaux habits. Tous ces actes marquent la transition vers le domaine du sacré, et sont essentiels à mon sens.

 

Je pense également qu'il faut éviter des actes trop triviaux avant et après une cérémonie. On ne passe pas l'aspirateur pour sacrifier à Zeus 3 minutes plus tard. Les actions mentionnées ci-dessus entre autres pour but de "mettre dans le bain", de nous éloigner de la vie pratique pour nous rapprocher des dieux. L'idéal est d'y passer au moins une demi-heure avant de faire des offrandes.

 

Pour commencer, on allume ensuite une bougie, puis vient une prière improvisée. Athéna est une déesse qui, je pense, prodigue énormément de choses aux hommes: la philosophie, la raison, de nombreuses techniques, et même la civilisation tout simplement. 

S'en est suivi une libation: je verse de l'eau devant la représentation de la divinité. Les sols des maisons modernes n'absorbent en général pas l'eau comme la terre battue des maisons athéniennes, il faut donc s'adapter lorsqu'on fait une libation en intérieur, par exemple verser l'eau dans un récipient, dont on peut reverser le contenu dans un plante après la cérémonie, ou la laisser évaporer s'il fait vraiment chaud. La libation peut paraître dénuée de sens actuellement. Pour moi, c'est une offrande très belle, l'eau symbolisant la pureté par excellence, et le caractère cyclique de l'univers (le cycle de l'eau est l'un des plus emblématiques). Ce geste qu'ont fait tant de personnes autrefois marque aussi l'hérédité spirituelle, la continuité, la tradition.

 

 

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Plan de cérémonie privée

Added 26/5/2010

cérémonie paienneComme il est assez difficile pour beaucoup de païens d'aujourd'hui de se mettre à la pratique, et aux autres de comprendre en quoi elle peut consister, je poste ici un exemple de ce que peut être une cérémonie privée d'un païen de tradition grecque (je remercie au passage les différents membres de lusapag pour leurs remarques et conseils). ça n'est évidemment qu'une piste, un exemple, et ça ne revet aucun caractère dogmatique.

 

Je crois en effet que pratiquer son paganisme est très important, puisque les différentes religions païennes de l'antiquité accordaient beaucoup d'importance à la pratique (on parle d'ordinaire d'orthopraxie, opposée à l'orthodoxie de certaines autres religions: dans les spiritualités païennes, on se préoccupe d'avantage de bien honorer les dieux)

 

 

1 Purification corporelle (se laver au moins les mains et le visage) qui symbolise celle de l'esprit et marque la transition vers la sphère du divin.


2 Préparation des objets du culte: coupe et liquide pour les libations, plat/assiette pour déposer les offrandes, offrandes elles-mêmes. J'offre le plus souvent du miel (symbole de pureté, qu'on versait par exemple sur les mains des initiés aux mystères d'Eleusis) , des fruits, des gâteaux, du pain. J'évite les produits trop industriels, qui ne conviennent pas à la majesté et à la simplicité des dieux. Pour les objets, j'évite les matières comme le plastique, les couleurs flashy, puisque l'aspect tradition est important à mes yeux. Quant aux liquides, je préfère l'eau pure, sauf éventuellement pour Dionysos

3 On peut éventuellement veiller à mettre un pendentif significatif (un pentacle pour ma part), revêtir des vêtements propres (et clairs si l'on veut rester proche de la tradition pythagoricienne), se déchausser (comme le conseille le 3ème symbole de Pythagore), le tout pour marquer encore la transition vers la sphère du sacré.

 

4 Début de la cérémonie: on allume une bougie, symbole de la présence des dieux, on peut brûler un encens en l'honneur de la divinité

5 On peut commencer par une prière improvisée, mais respectant le schéma classique: invocation (on établit le lien avec la divinité en la saluant, en énonçant ses principales caractéristiques), "corps" de la prière (louanges, souhaits...) salut final. Sauf en cas de supplication on prie debout comme les anciens Grecs, les mains tournées vers la représentation du dieu ou vers le ciel, et de préférence à voix haute.

6 Déposition des offrandes sur l'autel: je demande toujours à la divinité de bien vouloir les agréer. Libations.

7 On peut alterner de nouvelles prières improvisées, et des prières récitées (hymnes orphiques, hymnes homériques, hymnes personnels...) On peut réciter les textes anciens dans leur langue d'origine.

 

8 On peut par la suite consommer les offrandes, mais en veillant à les laisser un certain temps sur l'autel en signe de consécration et en demandant aux dieux d'agréer ce geste.

 

La cérémonie est évidemment adaptable.



 

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L'inspiration des muses

Added 6/3/2010

 

muse lieber

(une reflexion personnelle sur les Muses et leur vénération)

Dans l’imaginaire actuel, les filles de Mnémosyne sont reléguées au rang d’une allégorie usée jusqu’à la corde, d’un synonyme pédant de l’inspiration poétique. On les croise à chaque vers de la poésie française du 17ème, et par effet de rejet, on hésite maintenant avant de les citer, de peur de donner à son discours un aspect poussiéreux. Comme le sont justement, dans l’imaginaire commun… les musées.

On peut accepter voir les choses de cette manière, et fuir cette métaphore qui ressemble à une coquille vide. On peut la réemployer à son tour pour orner d’une manière peu originale une phrase et lui donner une teinture antique. On peut enfin refuser ces deux voies et chercher dans ces ancestrales divinités, inspiratrices des premiers poètes de l’Europe, une signification plus profonde, et chercher à voir ce qu’elles ont à nous apporter.

Car lorsque Hésiode, le poète théologien, ou Homère, « l’éducateur de la Grèce » invoquent au début de leurs œuvres ces déesses, ils n’exhibent pas superficiellement leur culture, comme le feront des auteurs postérieurs, mais font appel, sincèrement, dans une prière, à une réalité vivante et agissante.

Ce n’est qu’en considérant les Muses de cette manière qu’on leur donne réellement vie. Elles ne sont plus alors ces images écornées illustrant les discours de gens qui ne les vénèrent pas. Elles sont les filles de Zeus et de Mnémosyne, les protégées d’Apollon, d’augustes déesses sans lesquelles toute poésie, tout art humain est impossible.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Que le poète, humblement, n’estime pas être l’auteur unique de ses œuvres. On sait qu’aucun poème ne nait ex-nihilo, et qu’un auteur aussi génial que Virgile a puisé à de multiples sources pour élaborer son œuvre. Dès lors, le problème de la possibilité de création des premières poésies, par exemple, n’est pas mince : comment les premiers poètes ont-ils pu composer, alors que l’on sait que la poésie, par essence, doit se nourrir d’autres poésies ? Les antiques ont estimé que des divinités devaient être à l’origine de cet art. Et de fait, les premières poésies de l’humanité furent religieuses. Apollon rendait ses oracles en hexamètres dactyliques. Quant à Dionysos, la ferveur de ses fidèles fut récompensée par l’émergence du théâtre. Dans l’histoire comme dans la mentalité grecque, la poésie est ainsi étroitement liée au divin.
La thèse d’une inspiration divine du poète est d’ailleurs défendue par Platon, qui va jusqu’à ne faire de celui-ci que l’instrument de la divinité. Si les arguments qu’il développe dans l’Ion ont semblés hâtifs à certains, on peut néanmoins prendre note de ce soutien de la part d’un penseur de poids, qui n’a peut être pas voulu ou pas eu le temps de développer un argumentaire plus poussé.

Ce n’est pas le rôle de ce petit article d’exposer une théorie de l’inspiration divine, et nous nous contenterons des quelques pistes données précédemment. J’en ajouterais une dernière : ceux qui ont le gout et le talent de rédiger des vers témoigneront comme moi qu’il s’agit de quelque chose d’inné et d’inexplicable, et que l’on peut écrire cent vers sur une journée et ne plus en écrire ensuite pendant un mois, et que par conséquent, la poésie ne s’apparente pas à un travail quelconque. Ceux qui n’arrivent pas à composer le moindre alexandrin, à l’opposé, avoueront que le travail et l’obstination n’y font pas grand-chose.

Si l’on reconnait donc, en tant qu’artiste, que notre création ne nait pas ex-nihilo, il devient tout naturel d’avoir de la reconnaissance pour ses sources.
Mais plus encore qu’à la théorie, appelons-en à la pratique, car le paganisme, plus qu’il ne se théorise, doit se vivre. N’écartons pas d’un revers de main celles dont les anciens poètes et orateurs ont si souvent demandé, avec succès, l’aide bienfaisante, et tentons à notre tour d’expérimenter concrètement le soutien de Muses, médiatrices entre monde humain et monde divin.

 

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Le pentacle et la récupération de symboles anciens

Added 24/1/2010

pentacle

Le pentacle,vieux de plusieurs millénaires, et que l'on rencontre chez les Babyloniens, les Grecs (chez qui il est symbole de perfection et d'harmonie) et d'autres civilisations est un symbole que j'apprécie particulièrement. Il était l'emblème des pythagoriciens (on l'appelait pour cette raison "signum pythagoricum) pour qui il représentait entre autres la beauté, l'harmonie et la santé, et plus tard des gnostiques et de nombreux autres courants de pensée.

 

Les disciples du fameux philosophe ne furent ni les premiers ni les derniers à utiliser ce symbole. Ils lui donnèrent cependant une marque durable, puisque le symbole, par son nom même dans le monde romain était associé à Pythagore. Sans désir de polémique, je crois qu'on ne peut que déplorer vivement le fait qu'il soit aujourd'hui associé à tout autre chose qu'à Pythagore et à la philosophie païenne, mais au satanisme, une sorte d'anti-religion ouvertement matérialiste et individualiste, alors que le pythagorisme est une philosophie spiritualiste par excellence, puisqu'elle enseigne l'immortalité de l'ame et la réincarnation, et dans laquelle l'amitié tient une place non négligeable. Ce genre de récupération, qui certes n'est pas isolée, entraine un parasitage du sens et de l'histoire des symboles absolument déplorable.

 

Je ne suis pas évidemment contre le fait de reprendre de vieux symboles, mais encore faut-il que ceux-ci aient un quelconque rapport avec soi. Si les païens de tradition grecque prenaient pour emblème le marteau de Thor ou la croix de Lorraine, si les odinistes prenaient pour emblème l'ankh égyptienne, trouverait-on ça légitime, bien vu, sensé ? 

 

Pas forcément besoin pour autant, selon moi, d'être un pythagoricien pur et dur pour porter un pentacle autour du cou, de s'abstenir scrupuleusement de viande (ce n'est pas mon cas) et de fèves, ou encore d'être païen de tradition babylonienne, ou encore gnostique. Il faut cependant à mon sens être un minimum dans la lignée des gens qui utilisèrent ce symbole à l'antiquité.

 

 

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