Critique de la Wicca

Added 3/9/2013

Vu les incessants débats entre païens reconstructionnistes et wiccans, j'ai pensé qu'il serait intéressant de mettre les choses à plat, et d'exposer clairement et en peu de lignes ce qui me dérange dans ce courant.

1Tout d'abord la wicca se prétend la plus ancienne des religions: pourtant il n'y avait pas de wiccans il y a encore 200 ans, et encore moins à l'antiquité Les fondateurs de la wicca (Gardner, Murray...), ses textes de base (le livre des ombres...) ne sont pas antérieurs au 20ème siècle.

2La wicca prétend être la résurgence d'un culte ancestral de la déesse mère, d'un monothéisme originel. L'idée de monothéisme originel, vieux mensonge propagé par les religions révélées, a fait long feu, et l'on sait très bien aujourd'hui que c'est le monothéisme qui descend du polythéisme, et pas l'inverse.

3Emboitant le pas de leurs maîtres à penser, Gardner et Murray, les wiccans confondent allègrement paganisme et sorcellerie/magie. Or, si le paganisme comprenait effectivement des pratiques magiques, il ne s'y réduit pas. De plus, la sorcellerie médiévale, qui est le centre de gravité de l'imaginaire wiccan, quoique charriant quelques bribes de paganisme, est toute pétrie de mentalité judéo-chrétienne: Satan, les sabbats...

4Cette accumulation d'erreurs historiques a une cause simple: l'incompétence des fondateurs de la wicca en matière historico-philologique: G. Gardner s'occupait des plantations de caoutchouc en Asie.M. Murray, égyptologue,n'avait cependant aucune compétence particulière pour traiter de l'Europe médiévale.

5Idéologiquement, la wicca est clairement marquée par la pensée anglo-saxonne moderne, bien plus que par la pensée antique, qui, en dépit de quelques références respectueuses, est globalement ignorée. Résultat: la vision du monde propagée par la wicca est très proche de l'esprit ambiant (individualisme, manichéisme, pensée écolo, pacifiste...) et ne s'en démarque réellement que par un ésotérisme marqué.

Category : Autres | Comments (1) | Write a comment |

Interview de Vlassis Rassias

Added 6/9/2012

Un entretien avec Vlassis Rassias, figure de l'hellenisme contemporain

Entretien avec Vlasis Rassias sur la renaissance du Paganisme en Grèce

• Q. : Dans la préface de vos 3 volumes consacrés à l'Hellénisme, vous vous définissez comme « Hellen » (grec). Il ne s'agit pas seulement pour vous d'une simple appartenance nominale, mais aussi d'un éthos et d'une perception du divin. Pouvez-vous préciser ces notions ?

V.R. : Quand un Païen de Grèce (Ethnikos) parle de la conception du divin, il s'agit en fait de la conception du Cosmos : le Tout (Pan) éternel, défini par mes ancêtres comme « infini mis en ordre » (Apeiron diatetagmenon). Le Cosmos est l'Être ultime, sans début ni fin. Toute chose, Dieux inclus, est née au sein de cet organisme éternel et universel. Comme nous le verrons plus loin, cette conception est assez importante parce qu'elle fonde clairement la différence entre Polythéisme et Monothéisme.

• Parlez-nous un peu de votre évolution spirituelle et culturelle.

Comme tous mes compatriotes, je suis né au sein de l'Orthodoxie et j'ai subi le même lavage de cerveau : éthos et prêt-à-penser m'ont été imposés par mon éducation. Toutefois, j'ai eu la chance de posséder en mon for intérieur un daïmôn, une sorte de génie qui m'a préservé de ces opinions toutes faites. Ce même daïmôn m'a poussé, depuis mon plus jeune âge, à quitter les sentiers battus de la connaissance. Je me suis ainsi retrouvé, à l'âge de 16 ans, en train de lire, ou mieux, d'étudier, Nietzsche, Reich, Laing, et La Société du spectacle de Guy Debord. Vers 1980, je me définissais comme anti-autoritaire, ce que je suis resté. La rencontre avec un chaman indien m'a permis vers 1986 non point de voir le monde d'un œil plus "spirituel" — c'était déjà le cas depuis le début —, mais de me concentrer sur ma propre tradition grecque. La leçon de ce chaman était que je ne devais chercher la sagesse que dans la langue dans laquelle je rêve, sur le sol même où ma présente incarnation a choisi de vivre. Après à peine 2 ans d'études et de recherches à divers niveaux, j'en suis arrivé à jeter sur la tradition hellénique ce que j'appellerais aujourd'hui un regard "archaïque". J'ai pu également prendre connaissance d'un pan complètement méconnu de notre histoire : les persécutions et l'ethnocide subis par mes ancêtres de la part des Romains christianisés, que l'histoire officielle nomme "Byzantins" et que la culture dominante définit comme "Grecs".

• Qu'est-ce que le Paganisme pour vous ?

J'essaie d'éviter ce terme "Paganistès" en raison de son sens péjoratif et moqueur. En fait, il s'agit d'un mot forgé par les Judéo-Chrétiens pour rabaisser tous ceux qui demeuraient fidèles à leurs propres divinités ancestrales. La même remarque s'applique par exemple au terme "idolâtre"... Pour ma part, je préfère user du mot Archaiothréskos (fidèle à l'ancienne religion) ou encore Ethnikos (Gentil ou bien fidèle aux Dieux, aux traditions et à l'éthos de mon ethnos, mon peuple). Quoi qu'il en soit, I'idée de Paganisme se rattache pour moi à toutes les religions naturelles et polythéistes de l'espèce humaine. Les peuples honorent chacun la nature sous certaines formes, dans toute la multiplicité de ses manifestations et éléments. Le Paganisme hellénique honore les Puissances et les Energies de la Nature, à l'instar des autres religions pré-chrétiennes de l'Europe. Nous rendons aussi un culte à des "Idées", qui dans notre vision du monde, sont considérées comme des déités individuelles, des Dieux, que l'esprit humain prend comme "enpneuseis" (in-spirées). Nous trouvons donc dans le Polythéisme hellénique des Dieux et des Déesses, telle qu'Eunomia, Harmonia, Dikè, de même que dans le Polythéisme romain, qui fut directement influencé par le système religieux des Grecs.

• Quels sont vos philosophes préférés ?

J'éprouve un grand respect pour Empédocle et Héraclite, ainsi que pour Épictète et les Stoïciens, pour l'époque plus tardive. Comme tous les autres Ethnikoï de Grèce j'admire l'Empereur Julien et Georges Gémiste Pléthon, grâce à qui survécut cette volonté de retour à l'ancien éthos, à l'ancienne païdeia [éducation visant l'excellence], et ce, du IVe s. aux XVe-XVIe siècles, et ensuite jusqu'à nos jours. Si ces hommes n'avaient pas existé, on peut supposer que la domination de l'idéologie judéo-chrétienne aurait été totale. Julien fut davantage un symbole de résistance qu'autre chose : son règne fut trop court et son assassinat sauva vraiment le Christianisme du déclin. Un règne plus long, des individualités hors du commun auraient pu évincer le Judéo-Christianisme. Mais Julien fut assassiné et l'Histoire prit un autre chemin... que nous connaissons bien ! Quant à Pléthon, son importance est énorme, au moins pour nous autres Hellènes. En fait, Pléthon a constitué le lien entre l'Antiquité et le monde moderne. La Renaissance en Europe doit beaucoup à ses textes et à ses idées que ses disciples exilés de Byzance transmirent à l'Occident.

• Que pensez-vous du Christianisme et du Monothéisme ?

Le Christianisme a été un gigantesque stratagème pour asservir les peuples du monde à l'éthos judaïque. Il a surmonté l'obstacle de la non-appartenance au peuple juif, qui maintenait les Ethnikoï, les Païens, hors d'atteinte du peuple élu par le Dieu Yaveh. C'est Paul, dénommé l'Apôtre des Nations, qui fut, à Antioche, le réel fondateur du Christianisme, et nullement jésus. Nous pouvons voir aujourd'hui, dans le monde entier, les effets dévastateurs de cette duperie. Le monde entier est soumis à une terminologie à une chronologie et aux fadaises d'un éthos judéo-chrétien dominant sans partage là plupart des nations, qui, presque toutes, ont rejeté l'héritage pré-chrétien de leurs ancêtres. Certaines civilisations sont à ce point asservies que même leur histoire nationale semble commencer avec leur premier roi baptisé et chrétien ! Tous les peuples enseignent à leurs enfants que leurs ancêtres sont Abraham et autres Patriarches d'Israël, en un mot des nomades! C'est insupportable. Aucune nation ne peut exister sans son ethnologie, sans ses propres cosmologie et théogonie. (...)

Quant au Monothéisme, la vérité est que le préfixe "mono" n'a rien à voir avec un quelconque nombre de Dieu(x). Les prétendus Polythéistes sont évidemment conscients de l'unité du Cosmos, du grand Tout. De même, les religions soi-disant "mono"-théistes ne révèrent pas qu'un seul Dieu. Les Juifs sont "bi"-théistes et les Chrétiens "tri"-théistes, sans compter leur légions de saints et d'anges .. qui font d'eux d'assez bons "poly"-théistes ! La vraie différence entre le Monothéisme et les religions païennes, polythéistes, réside dans le rapport du ou des Dieux au Cosmos. Pour la première vision du monde (Vl. Rassias use du terme "cosmovision", NDT), Dieu préexiste au monde, qu'il crée ex nihilo. Conception totalement antiscientifique puisque rien ne peut jamais être créé à partir du néant. Ce caractère hautement improbable de la cosmogonie monothéiste, alléguant l'existence d'un Dieu extérieur au Cosmos et la création de ce dernier par une entité préexistante, justifie l'élaboration de la pensée totalitaire. Le monde est une création de Yaveh. C'est à lui seul et à ses lois qu'il doit obéir. À tout moment, Yaveh peut le faire disparaître, selon son bon plaisir. Au contraire, dans les cosmogonies païennes, tous les Dieux sont soumis aux lois cosmiques. On a donc dans la vision du monde monothéiste l'archétype de la dictature et de la tyrannie, et de même qu'on dit que "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas", de même on peut comprendre pourquoi les dogmes monothéistes ont été et restent les fondements de tous les systèmes totalitaires.

• Pouvez-vous expliquer les concepts suivants : ethnos, Ethnismos, Etinairatos, Ethnikismos ?

Je vous renvoie pour les détails à mon dernier livre. Il est désolant que le lecteur européen n'ait pas un accès facile à ces textes en raison de l'obstacle linguistique. Mon essai étudie en effet le sens de ce préfixe "ethno", ainsi que les relations des concepts qui en dérivent avec l'éthos pré-chrétien européen d'une part, avec l'éthos judéo-chrétien de l'autre. Ethnos ne signifie pas "nation" au sens contemporain, mais bien, au sens archaïque, société organisée selon un éthos particulier à un peuple spécifique. Dans ce livre, je critique le nationalisme (Ethnikismos) en tant que phénomène purement judéo-chrétien ; je propose à tous les peuples un retour aux antiques traditions ancestrales, aux voies et aux comportements propres à chacun. Aux antipodes de la culture, de la religion et des coutumes allogènes de l'ère vulgaire, qui, depuis des siècles, ont maintenu nos traditions sous une chape de plomb.

• Vos Dieux et vos Déesses tutélaires ?

Je vis une relation fort familière avec Zeus et Apollon. Je suis incapable de vous dire, par un discours construit, pourquoi il en est ainsi. C'est plus une impression, une émotion qu'un concept intellectuel. Outre le culte régulier que je leur rends, j'ai honoré Zeus en rédigeant un livre dédié à ce Dieu, où j'étudie ses 627 épithètes. C'est à ma connaissance l'étude la plus fouillée sur Zeus. Si les Dieux le veulent, ce livre sera publié, en grec, au mois de janvier 1997.

Antaïos n°11, 1996.

Category : hellenisme | Comments (2) | Write a comment |

Un poème d'Hugues Rebell

Added 5/9/2012

Hugues Rebell, écrivain françaisHugues Rebell, ecrivain français

 

Un poème peu connu de l'écrivain français Hugues Rebell (1867-1905), qui critique Calvin et ses valeurs, dans une optique qu'on peut rapprocher de celle de Nietzsche.

 

Toute la grande misère de ce siècle, c’est toi, Calvin, c’est toi misérable qui
l’as faite !
Quand l’humanité commençait à se délivrer de Jésus, à se délivrer de Paul,
tu es venu étouffer sa force ; mais nous finirons peut-être par t’étouffer à ton tour.
Nous déchirerons les redingotes grotesques de tes ministres ;
nous ferons des édits somptuaires contre le noir, le chagrin, la ridicule solennité
et nous couvrirons de fresques païennes et de claires tentures les murs blancs de tes temples
pour installer à la place du crucifié la sainte Vénus, le saint Amour.
Puis nous brûlerons les livres graves, lourds et pédantesques de tes savants
et nous canoniserons le Soleil, la poésie et la joie.
Alors on dira : « Les dieux et les déesses sont revenus,
car sur le gazon frais,
des nymphes et des satyres couronnés de roses se seront mis à danser ».

Category : Autres | Comments (0) | Write a comment |

Le forum Agora

Added 4/9/2012

Un forum païen tout nouveau, dédié aux spiritualités grecques et romaines. Tous ceux que le polythéisme grec et romain intéresse y sont les bienvenus.

http://forumagora.forumgratuit.fr/

Notre démarche est de proposer un forum abordant le polythéisme grec dans son contexte, sans faire abstraction, comme le font tant de gens qui se disent aujourd’hui païens, des civilisations dans lesquelles les religions païennes se sont développées. Le paganisme hellène, selon nous, n’est pas qu’une religion : c’est aussi et surtout une manière de voir le monde, une façon de vivre et de penser, une culture entière, fondatrice de notre identité.

Category : Autres | Comments (0) | Write a comment |

On ne lit plus Homère (un texte de Jean Lauxerois)

Added 29/8/2012

Portrait d'Homère

 

Un texte aussi récent que magistral, que les spécialistes du monde ancien, les
étudiants, et les païens de tradition grecque devraient lire et relire.

 

"On ne lit plus Homère.

Il est vrai qu'avec une certaine "modernité", la Grèce a perdu peu à peu sa valeur de paradigme artistique et littéraire, notamment parce que l'anthropologie a accordé sa préférence aux "cultures plurielles", en valorisant le "primitif" aux dépens de l'antique: dès la fin du XVIIIème siècle, sous l'influence diffuse de la conception herdérienne de la poésie, les études littéraires et philologiques ont contesté l'intégrité et l'unité de l'œuvre homérique. Homère est alors devenu la proie des spécialistes, ensablés dans la stérilité savante de débats secondaires du type: Homère a-t-il existé ? N'est-il pas le prête-nom de plusieurs poètes ? Son œuvre n'est-elle pas avant tout le fruit d'une poésie orale dont elle n'aurait transcrit qu'après-coup les éléments premiers en ravaudant des pièces d'époque différentes ? Ou encore, de manière plus anthropologique: y a-t-il une vérité historique de l'œuvre homérique ? Autant de question qui, malgré leur légitimité, ont contribué a effriter, voire à détruire l'essentiel: l'inépuisable et secrète grandeur de l'oeuvre. Désormais, l'Iliade et l'Odyssée relèvent bien souvent du simple registre des "contes et légendes" ou de la seule curiosité "culturelle". L' "archaïcité" d'Homère n'a plus la valeur d'une archè, c'est à dire d'un commencement fondateur: elle tend à l'obsolescence.

Pourtant le XXème siècle a vu s’affirmer en Allemagne une philologie de grand style qui a su rester à la hauteur de la fécondité de l’œuvre homérique. Walter Friedrich Otto, Karl Reinhardt, Wolfgang Schadewalt ou encore Gerhard Nebel, trop peu traduit ou tout simplement ignorés en France, mais tenus en haute estime par un penseur comme Heidegger ou par des écrivains comme Ernst Jünger et son frère Friedrich-Georg, ont profondément contribué à approfondir et à renouveler la lecture d’Homère. L’originalité et le mérite insigne de ces philologues est d’avoir su s’inscrire dans la lignée poétique et philosophique de Lessing, de Goethe, de Schiller, de Hölderlin, de Schelling et de Nietzsche, et l’exemplarité de leur approche de la Grèce tient à ce qu’elle ne déserte jamais la question du sens que la Grèce peut avoir encore pour nous – nous les « tard venus ».

En ce sens, aujourd’hui, la lecture d’Homère ne saurait être seulement anthropologique ou simplement « antiquaire » ; elle doit s’envisager sous le signe de la pensée vivante et de la métamorphose, dans la relation que l’extrême modernité peut encore entretenir aec l’Antiquité, là même où celle-ci apparait « inactuelle ». Ainsi, pour qu’au-delà de la simple révérence patrimoniale la Grèce puisse manifester pour nous sa force « productive », il faut tenter de lire Homère d’un œil neuf, en nous dépaysant jusqu’à lui non seulement pour approfondir la vérité de son œuvre, mais aussi pour savoir si cette vérité peut être encore promesse – au sens où Nietzsche dit que c’est en constructeurs de l’avenir que nous pouvons faire du passé une « parole d’oracle »."

Category : hellenisme | Comments (0) | Write a comment |

| Contact author |